Il y a tout juste 40 ans, le Parlement adoptait une loi dont l’objectif – selon le texte de l’époque – était d’assurer « l'égalité des citoyens dans l'accès au livre, qui sera vendu au même prix sur tout le territoire national ». Les librairies étant très concentrées dans les grandes villes, il a fallu quelques décennies pour que cette ambition devienne réalité mais c’est désormais chose faite : grâce au commerce en ligne, les Français ont un accès égal à la lecture, qu’ils habitent à Paris ou en province.

L’Assemblée nationale se prononce cette semaine sur une proposition de loi dont l’objectif est de soutenir les libraires mais dont l’effet sera de remettre en cause cet acquis, en obligeant à facturer des frais d’expédition de plusieurs euros sur les ventes de livres en ligne.

Si une telle mesure était adoptée, elle pénaliserait la diffusion des livres sur notre territoire et la lecture en général. En effet, nous n’aurions pas d’autre choix que d’ajouter ces frais d’expédition au prix unique du livre, fixé par la loi. Les citadins pourront certes y échapper en achetant leur ouvrage en librairie, mais pour les autres, la facture sera élevée : pour un livre de poche vendu 6,50€, le tarif « lettre verte », c’est-à-dire le tarif postal le moins onéreux, est de 3,94€, ce qui représente un surcoût de 61%, soit plus de 250 millions d’euros par an de perte de pouvoir d’achat pour des millions de lecteurs Français.

Il existe une idée fausse selon laquelle cette mesure ne pèserait que sur de riches citadins, qui en seraient donc les seules victimes, mais ce n’est pas le cas : la lecture n’est heureusement ni l’apanage des citadins, ni celui des plus aisés. Au contraire, une récente enquête d’opinion réalisée par l’IFOP indique que les lecteurs aux revenus les plus modestes ont davantage tendance à acheter exclusivement en ligne. En outre, plus de la moitié des livres achetés sur Amazon le sont par des habitants de communes de moins de 10 000 habitants, et plus du quart par des habitants de communes de moins de 2 000 habitants. Pour eux, l’achat en ligne est souvent la seule solution praticable, raison pour laquelle ils achètent davantage en ligne que la moyenne. La même étude indique également que 45% des Français qui achètent des livres en ligne le font en raison de l’éloignement des points de vente physiques. Cette proportion atteint même 81% dans les communes rurales. Si cette proposition de loi était adoptée, ils seraient confrontés à une alternative simple : lire moins – ce que feraient 25% des personnes interrogées par l’IFOP – ou bien subir une perte de pouvoir d’achat substantielle.

Les livres fondent l’exception culturelle française et sont au cœur de l’ADN d’Amazon : depuis plus de vingt ans, nous travaillons chaque jour pour proposer, en complément de l’offre des libraires, la sélection la plus large partout sur le territoire. A l’heure où l’inflation fait un retour remarqué et où les pouvoirs publics appellent à tout faire pour l’enrayer, avons-nous besoin d’une loi qui renchérisse le coût des livres et pénalise les habitants des petites villes et des zones rurales ? Je suis convaincu qu’il existe d’autres solutions – par exemple l’instauration d’un tarif postal réduit pour les livres, qui existe depuis longtemps outre-Rhin – qui ne pénaliseraient ni la lecture, ni le pouvoir d’achat des Français.

Frédéric Duval,
Directeur Général
Amazon.fr