Noir… tout est très noir dans l’univers de Solène Bakowski. Pourtant, cette jeune auteure trentenaire est très souriante et affable. « C’est probablement une façon d’exorciser mes frayeurs parce qu’au fond je suis quelqu’un de très angoissé », avoue-t-elle. Solène a toujours écrit. À l’origine, elle voulait être professeur d’anglais. « J’étais inscrite en anglais à l’université mais je me suis très vite ennuyée », explique la jeune femme. « Alors j’ai cherché quelque chose de complètement nouveau et j’ai commencé des études de chinois ». De son propre aveu, elle ne sait pas très bien pourquoi : « Peut-être à cause des caractères imprononçables pour le non-initié… Je trouvais que cela avait un côté magique ». Toujours est-il qu’elle s’est prise de passion pour la langue et le pays et après avoir obtenu sa licence, une maitrise de français langue étrangère et passé le concours pour devenir professeur des écoles, elle part en Chine avec son mari et sa fille en 2010. Ce n’était pas son premier voyage dans l’Empire Céleste mais c’est à cette occasion que Solène écrit son premier roman : Un Sac.

“Autoédition et édition traditionnelle sont complémentaires. Avoir un pied dans les deux systèmes, c’est la position la plus confortable pour un auteur.”
Solène

Des débuts chaotiques

À son retour en France en 2011, Solène envoie son manuscrit à plusieurs maisons d’édition. Les lettres de refus pleuvent : « vous n’êtes pas dans notre ligne éditoriale ». Entre temps, Solène s’était déjà attaquée à un nouveau projet en écrivant Parfois on tombe, sorte de guide de survie de la femme moderne. L’ouvrage est publié par les éditions Favre en 2014 mais, comme le précise Solène, « Favre n’a pas pour vocation d’éditer de la littérature. Ils sont plutôt spécialisés dans les ouvrages pratiques. Ils ont accepté mon texte comme une sorte de livre-témoignage. En d’autres termes, ils n’éditeraient pas Un Sac, d’autant que Parfois on tombe n’a pas répondu à leurs attentes en termes de ventes ». Se pose alors la question de quoi faire de son premier livre. « Quand on écrit un texte auquel on croit et que les gens qui vous entourent vous disent « il y a un truc » sans pour autant être forcément complaisants, vous vous dites, c’est dommage. Je ne suis pas du genre à me cabrer dans mon ego en me disant j’ai écrit une œuvre génialissime, je ne comprends pas. Les maisons d’édition ne sont pas des mécènes, j’ai donc accepté l’idée que je n’étais effectivement pas dans leur ligne éditoriale ou que ce n’était pas le bon moment pour Un Sac ».

Un pari audacieux

Solène ne baisse pas les bras pour autant et puisque les maisons d’édition ne veulent pas de son premier texte, elle tente un autre moyen. « C’était l’époque où Agnès Martin-Lugand commençait à émerger avec l’autoédition », explique-t-elle. « Je me suis inspirée de son exemple. C’était l’autoédition ou le tiroir pour Un Sac et je n’étais pas encore prête pour le tiroir. Au pire, j’arrivais à toucher quelques lecteurs, au mieux, ce serait magique ». Publié en autoédition avec Amazon en janvier 2015 par le biais du service Kindle Direct Publishing (KDP), Un Sac va finalement toucher plus que quelques lecteurs puisqu’ils sont aujourd’hui plus de 20 000 à avoir acheté le livre, au format papier ou électronique. « Finalement, mon livre en autoédition a touché plus de personnes que Parfois on tombe qui était édité en librairie », se réjouit-elle.

Forte de ce premier succès qui lui a d’ailleurs valu le Prix spécial du Jury Amazon en 2015, Solène continue à écrire et à s’auto-publier : Chaines, Une bonne Intention et plus récemment Avec Elle. « C’est devenu une sorte d’addiction », explique-t-elle. « Si je n’écris pas pendant quelques jours, je ne me sens pas bien ». Une addiction profitable puisque les ventes en autoédition lui rapportent désormais suffisamment pour vivre de sa plume. Elle a donc démissionné de l’Éducation Nationale pour se consacrer entièrement à l’écriture. Et, un succès n’arrivant jamais seul, Un sac a été remarqué par la maison d’édition Bragelonne et publié au format poche. « Une bonne Intention va également être publié par Bragelonne et je suis ravie parce que je pense qu’autoédition et édition traditionnelle sont complémentaires », explique Solène. « Avoir un pied dans les deux systèmes, c’est la position la plus confortable pour un auteur ».