A 45 ans, Eric Larchevêque compte déjà huit créations d’entreprises à son actif. Fondée avec deux autres start-up spécialistes de la sécurité des cartes à puce et de la vente de bitcoins par courrier postal, la dernière en date connait un succès pour le moins fulgurant. Baptisée Ledger, son nom a déjà fait le tour du monde. Moins de quatre ans après sa création, elle a en effet vendu plus d’un million et demi de coffres digitaux pour cryptomonnaies dans plus de 165 pays. Accompagné par Amazon, Ledger a donné naissance à un nouveau marché et envisage déjà de devenir un géant technologique européen des applications de la blockchain.

Larchevêque n’en est définitivement pas à sa première expérience de société. Originaire de Vierzon (18), de formation ingénieur en microélectronique (diplômé de l’ESIEE Paris Marne-la-Vallée), il compte déjà huit créations d’entreprises en 2014, quand il crée Ledger. Il a tout d’abord fondé une entreprise de création et d’hébergement de sites Web en 1996, puis donné naissance en 1998 à Montorgueil, un des tout premiers sites français de rencontres, qu’il revend en 2007. Par la suite, il voyage, il investit dans l’immobilier en Roumanie ou encore dans l’hôtellerie en Lettonie et devient même joueur de poker professionnel entre 2008 et 2010. Mais sa vraie vocation est dans l’entrepreneuriat : « On ne construit rien avec le Poker ». Alors, il rentre en France et fonde Prixing en 2010, comparateur de prix qu’il revend aussi en 2013. A la recherche d’une nouvelle aventure, Éric croise la route du bitcoin :« J’étais complètement fasciné par les cryptomonnaies et la blockchain. Il était clair que ces innovations avaient un potentiel disrupteur énorme. Il fallait que je fasse quelque chose dans le domaine ».

Aussitôt dit aussitôt fait : Éric fonde la Maison du Bitcoin (devenue depuis Coinhouse). « A l’époque, mon objectif était surtout de prendre position dans l’écosystème en proposant un endroit pour échanger sur cette technologie », explique le co-fondateur de Ledger. « C’est dans le cadre des activités de cette organisation que j’ai croisé deux start-up qui m’ont poussé à fonder Ledger ».

Quand le destin s’en mêle…

En 2013, Éric croise en effet Nicolas Bacca, fondateur de BTChip, start-up à l’origine d’une technologie de haut niveau pour sécuriser la carte à puce. Il rencontre aussi Joël Pobeda, co-fondateur de ChronoCoin, autre start-up qui vend des bitcoins par courrier postal. Ironie du sort, Joël Pobeda est aussi le propriétaire de l’ancienne maison des Larchevêque, vestige d’un empire de la porcelaine créé par le grand-père d’Éric dans les années 1930. Signe du destin ? Possible. Toujours est-il que les trois compères réalisent rapidement leur complémentarité : « Joël travaillait déjà avec Nicolas, car il avait besoin d’un support sécurisé pour commercialiser les bitcoins », précise Éric. « J’ai commencé à les aider sur la définition du produit et nous sommes parvenus à la conclusion que nous partagions la même vision, notamment sur le fait que les technologies de cryptomonnaie et de blockchain ne pouvaient pas se développer sans solution de sécurité. Persuadés que la France avait un rôle à jouer dans ce domaine parce que nous maitrisons les technologies de carte à puce, technologies fondatrices pour faire le produit que nous envisagions, nous avons décidé fin 2014 de fusionner nos trois sociétés ».

Amazon a joué une part active dans notre succès, contribuant non seulement à la démocratisation d’un nouveau produit auprès du grand public mais aussi en poussant les autres canaux du e-commerce à reconnaitre l’arrivée d’une nouvelle catégorie de produits sur le marché.
Eric Larchevêque, Président et cofondateur de Ledger

Réussite fulgurante

Aussitôt créée, Ledger lance la première version de son coffre digital pour cryptomonnaie. « D’un point de vue visuel, ça ressemble à une clef USB », explique Éric. « En pratique, c’est un mini-ordinateur sécurisé ». Un mini-ordinateur convaincant puisque Ledger réalise une première levée de fond en 2015 de 1,3 million d’euros et part à la conquête des Etats-Unis. Mais le véritable décollage intervient en 2017 : Ledger passe de 50 000 à 1 million de ventes en un an. Entre temps, Pascal Gauthier, ancien directeur des opérations de Critéo et membre du board de Ledger depuis 2015, devient directeur général de la société pour l’aider à structurer sa croissance. Résultat, plus d’un million et demi de clefs se sont vendues dans 165 pays et Ledger compte désormais près de 200 collaborateurs et cinq bureaux dans le monde : Vierzon, bien entendu, mais aussi Paris, San Francisco, New York et Hong Kong.

« Amazon a joué une part active dans ce succès », estime Éric. « Même si nous ne vendons qu’un petit pourcentage de nos solutions sur la marketplace (nous sommes très efficaces avec notre site), Amazon est un canal de distribution indispensable avec tous les avantages associés à l’expérience d’achat qui lui sont propres. Au-delà de la vente, Amazon est aussi pour nous un levier très important pour légitimiser un nouveau produit : en créant la rubrique « coffre digital » Amazon a non seulement contribuer à populariser nos solutions mais également pousser les autres canaux du e-commerce à reconnaitre l’arrivée d’une nouvelle catégorie de produits sur le marché ».